Mon histoire avec la maladie de Crohn : du diagnostic à la rémission

J'avais 18 ans quand la maladie de Crohn a stoppé mon rêve de footballeur professionnel. Voici comment je suis passé de l'errance médicale à une rémission longue durée, sans traitement lourd.

Sommaire

Le jour où tout a basculé

J’avais dix-huit ans, je jouais en U19 nationaux au Racing Club de France, et j’étais en discussion avec plusieurs clubs professionnels pour enfin réaliser mon rêve, devenir footballeur professionnel. Il me restait une semaine avant un match contre le Paris Saint-Germain qui pouvait tout changer pour ma carrière.

Et puis un jour, en montant dans la voiture pour aller à l’entraînement, ma tête s’est mise à tourner. Ma vue s’est brouillée, et j’ai eu l’impression que mon corps s’éteignait doucement, un peu comme lors d’une anesthésie dont on ne parvient pas à se réveiller. Je me suis écroulé, puis je me suis réveillé à l’hôpital, entouré de mes parents et de médecins. Un simple malaise, m’a-t-on dit, sûrement parce que je n’avais pas assez mangé ce jour-là.

Mais une prise de sang plus tard, le ton avait complètement changé. Mon taux d’hémoglobine était tombé à 3,4 g/dl, alors qu’il se situe normalement entre 13 et 18 g/dl chez un homme en bonne santé. Je me vidais de mon sang depuis plusieurs semaines sans même m’en rendre compte, parce que j’allais souvent aux toilettes sans jamais regarder mes selles. Rien ne m’avait alerté.

J’ai demandé au médecin quand je pourrais reprendre l’entraînement pour préparer le match contre le PSG. Il m’a regardé et m’a expliqué que j’allais devoir rester à l’hôpital plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et qu’à partir de maintenant, il fallait surtout penser à vivre, pas à jouer au football.

Le diagnostic est tombé peu de temps après : la maladie de Crohn.

Ce que je ne savais pas encore, c’est que cette maladie allait devenir la meilleure chose qui me soit arrivée.

Condamné par mes gènes ?

Les semaines suivantes, à l’hôpital, ont été un défilé de prises de sang, de radiographies, d’IRM, de scanners, de coloscopies et de fibroscopies. J’ai fini par connaître cet examen si bien que je ne ressentais plus grand-chose, même après la huitième fois. Les médecins cherchaient à comprendre d’où venait cette perte de sang que je n’avais jamais remarquée, et ils ont fini par m’expliquer que je saignais de l’intérieur depuis des mois, à cause de lésions sur tout mon intestin grêle.

Pendant que je cherchais à comprendre ce qui m’arrivait, on m’expliquait aussi pourquoi. Il y a un facteur immunitaire et un déséquilibre du microbiote intestinal. Le tabac joue un rôle documenté, qu’on soit fumeur actif ou simplement exposé passivement. Et il y a une part de génétique, une susceptibilité qui se transmet parfois dans les familles.

Dans mon cas, tout semblait s’aligner. Mon père était lui aussi atteint d’une maladie inflammatoire chronique des intestins. Mes parents fumaient beaucoup à la maison, et j’avais donc grandi exposé au tabac sans jamais avoir moi-même allumé une cigarette. Je n’avais pas été allaité, et j’avais souvent été soigné aux antibiotiques enfant, deux éléments qui fragilisent le microbiote. J’avais l’impression d’avoir coché toutes les cases, comme si la vie avait patiemment réuni les conditions pour que ça tombe sur moi.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai posé un jour une question toute simple à ma gastro-entérologue. Est-ce que je pouvais améliorer mon état en mangeant mieux. Sa réponse, je m’en souviens mot pour mot. “Non jeune homme, c’est trop tard, tu peux te faire plaisir, aller au McDonald’s avec tes amis. Quand nous trouverons le bon traitement pour toi, tout sera sous contrôle.”

Sur le moment, j’ai presque trouvé ça rassurant. Puisque rien de ce que je faisais ne comptait, autant arrêter de me battre contre quelque chose d’écrit d’avance. C’est ce que j’ai cru pendant un temps. Que j’étais condamné par mes gènes, par mon enfance, par le hasard. Que je n’étais qu’une statistique de plus dans une maladie qu’on ne savait pas vraiment soigner, seulement contenir.

L'errance médicale

Après ce diagnostic, j’ai continué à me battre. J’ai enchaîné les traitements, les injections toutes les deux semaines pour calmer mon propre système immunitaire qui s’attaquait à mes intestins. Quand ça marchait, je croyais revivre. Puis, au bout de quelques mois, la maladie reprenait toujours le dessus.

J’ai souffert ainsi de 2014 à 2019, de mes dix-neuf à mes vingt-trois ans. Ces années-là, je les ai vécues comme une véritable errance médicale. Les traitements devenaient de plus en plus poussés, de plus en plus lourds, mais mes poussées revenaient quand même, toujours plus intenses. J’enchaînais les crises sans jamais trouver la solution qui tiendrait dans la durée. Chaque nouveau protocole apportait un espoir, puis une déception. Des années entières à fréquenter les hôpitaux, les urgences, les cabinets de gastro-entérologie, les pharmacies, sans jamais vraiment de répit. J’ai fêté plusieurs de mes anniversaires hospitalisé. En 2018, pendant que mes amis suivaient la finale de la Coupe du monde à la fan zone de la tour Eiffel, je l’ai passée enfermé dans mes toilettes. Je n’ai même pas vu les buts en direct.

Je souffrais en silence, perdais du poids à vue d’œil, j’étais épuisé, dénutri, et je continuais quand même à jouer, tant bien que mal, avec des envies pressantes d’aller à la selle parfois plus de vingt fois par jour, avec du sang. Chaque sortie avec des amis, chaque entraînement devenait une source d’angoisse.

Et puis il y a eu ce match, en 2019. En pleine action, une douleur violente au ventre, une envie pressante que je ne pouvais plus retenir. Je n’ai pas couru vers l’adversaire pour récupérer le ballon, j’ai couru vers les vestiaires. Assis sur les toilettes, traversé par la douleur, j’ai fondu en larmes. J’avais tout donné pendant des années, essayé de faire comme si tout allait bien, et je n’en pouvais plus. J’avais perdu plus de dix-huit kilos. Je ne faisais plus le poids face à la maladie.

Cette chute a été plus violente encore que l’annonce du diagnostic, cinq ans plus tôt.

Devenir acteur de ma santé

Après cette chute, quelque chose s’est mis à tourner en boucle dans ma tête. J’avais une inflammation chronique de l’intestin, c’est littéralement le nom de ma maladie. Alors forcément, ce que j’allais mettre dans mon tube digestif devait avoir un impact. Ça me paraissait d’une logique presque évidente. Et pourtant, personne ne m’en parlait. Ni mon gastro-entérologue, ni les différents spécialistes que j’avais vus pendant ces années d’errance médicale. On ajustait mes traitements, on changeait mes molécules, mais jamais personne ne s’attardait sur mon assiette.

Je ne comprenais pas ce silence. Je me suis mis à chercher moi-même. Des heures sur internet, des livres sur le corps humain, des articles scientifiques, des conférences et des tables rondes d’experts, tout ce qui pouvait m’aider à comprendre comment fonctionne réellement le corps humain, et surtout comment fonctionnait le mien. Je ne voulais plus être un simple spectateur de ma maladie, à attendre le prochain traitement en espérant qu’il tienne plus longtemps que le précédent. Je voulais comprendre, pour pouvoir agir.

Le plafond de verre

Les premiers résultats sont arrivés assez vite. Les crises se faisaient plus rares, je me sentais mieux, mon énergie revenait. Mais à chaque écart, la maladie reprenait le dessus. Je commençais à comprendre que l’alimentation, aussi essentielle soit-elle, n’était qu’une pièce du puzzle. Il me manquait une vision plus globale.

C’est ce qui m’a poussé à consulter une naturopathe, pour avoir un regard extérieur et vérifier que j’étais sur la bonne voie. Elle a été surprise par tout ce que je savais déjà, par la précision de mes questions, par ma façon de relier les symptômes entre eux plutôt que de les regarder isolément. À la fin de la consultation, elle m’a dit une phrase que je n’ai jamais oubliée. Tu as ça dans le sang, la naturopathie, c’est fait pour toi.

Cette phrase a tout déclenché. J’ai décidé de me former moi-même, d’abord pour moi, pour continuer à comprendre mon propre corps. Je me suis formé dans différentes écoles de naturopathie, en ligne et en présentiel mais également en micronutrition, en santé féminine et hormonale auprès de laboratoires indépendants. Je me suis aussi formé auprès de médecins fonctionnels en France et en Belgique. C’est cette richesse d’enseignements et de parcours qui m’a permis de développer une approche vraiment fonctionnelle.

Et c’est en me formant que tout s’est éclairé. L’alimentation n’était qu’un pilier parmi d’autres. Chez moi, il y avait aussi le sommeil, l’hygiène psycho-émotionnelle, l’environnement, des déséquilibres en micronutrition, et même des déséquilibres hormonaux, qui entretenaient tous ensemble un cercle vicieux que je n’avais jamais vu dans sa globalité. C’est cette compréhension d’ensemble qui m’a enfin permis de briser le plafond de verre.

Les résultats

Ce que les examens ont révélé fut surprenant. Mon état de santé s’améliorait semaine après semaine. Les crises digestives se faisaient de plus en plus rares, jusqu’à disparaître, j’avais moins de douleurs, j’ai repris du poids, mon moral tout comme mon sommeil se sont améliorés, etc. Ma gastro-entérologue décida donc de réaliser une prise de sang ainsi qu’un examen endoscopique par vidéocapsule pour connaître l’état de mes intestins.

Les résultats furent surprenants :

PÉRIODE JUILLET 2018 AOÛT 2020
Signes cliniques et symptômes Phase de poussées à répétition Fatigue chronique Maux de ventre à répétition Diarrhée à répétition : 10 à 20 selles par jour Amaigrissement : 68 kg Phase de rémission En pleine forme Plus de maux de ventre Transit régulier : 1 à 3 selles par jour Poids de forme : 87 kg
Prise de sang CRP : supérieure à 45 Ferritine : inférieure à 10 CRP : inférieure à 2 Ferritine : supérieure à 60
État de l’intestin : résultat des examens Lésions actives gastriques et duodénales, passage à l’immunosuppresseur Cicatrisation totale des lésions, intestin grêle normal

Ma gastro-entérologue m’a parlé de miracle. Je savais que ce n’était pas de la chance. J’avais simplement trouvé le chemin, celui qui manquait depuis le début.

Aujourd’hui, ça fait plusieurs années que je vis sans symptômes. Je préfère parler de rémission longue durée plutôt que de guérison, parce qu’il y a une composante génétique dans cette maladie que je ne pourrai jamais totalement effacer. Si je reprenais mon ancien mode de vie, je sais que les mécanismes de la maladie pourraient se réactiver.

Et honnêtement, ça me va très bien. Après avoir autant souffert, ce qui compte pour moi, ce n’est pas le mot qu’on met dessus. C’est d’avoir, depuis toutes ces années, une hygiène de vie qui me porte vraiment, et de vivre une vie normale, sans symptômes, sans y penser en permanence. 

Avec le recul, je peux enfin le dire sans détour. Cette maladie a été la meilleure chose qui me soit arrivée. Ce n’est pas elle qui m’a brisé, c’est elle qui m’a forcé à me remettre en question, à revoir en profondeur mon hygiène de vie, à prendre enfin soin de moi. Je le constate presque tous les jours en consultation, l’être humain attend souvent de prendre le mur pour changer quoi que ce soit. C’est dommage, mais c’est humain.

Si vous vivez aujourd’hui avec des symptômes chroniques invalidants, ne vous sentez pas condamné. Il y a presque toujours quelque chose à faire, et ça ne commence pas forcément par un bouleversement total. Ça peut être une lecture, un ebook, quelques recettes que vous testez sans pression. L’essentiel, c’est de commencer à bouger dans la bonne direction. Vous n’aurez jamais de regrets à avoir essayé.

Ce que cette histoire est devenue aujourd'hui

Ça fait maintenant six ans que je suis naturopathe. J’ai accompagné des milliers de personnes, en cabinet à Paris comme en visio, et une chose m’a marqué au fil de ces années : mon parcours n’a rien d’une exception. Beaucoup de personnes vivent, elles aussi, ce processus de régénération. Beaucoup réduisent au silence, de manière naturelle, une pathologie chronique qu’on leur disait irréversible.

Cette conviction m’a permis d’aller plus loin. Je suis devenu formateur, auteur de différents livres, notamment mon best-seller Mon Programme Anti-Inflammatoire. C’est le premier programme complet et holistique pensé pour s’attaquer à la racine de l’inflammation chronique, celle qui se cache derrière tant de pathologies : fatigue chronique, maladies auto-immunes, troubles de la peau, et bien d’autres. Ce livre a depuis accompagné des dizaines de milliers de personnes dans leur propre processus de régénération. J’ai aussi créé Naturaneo, une école de formation pour transmettre à mon tour cette approche de naturopathie fonctionnelle à d’autres praticiens.

Si vous voulez en savoir plus sur tout ce que j’ai mis en place pour sortir de la maladie de Crohn, sur mes erreurs, sur les leçons que j’en ai tirées, et sur l’ensemble du programme, le sommeil, la gestion du stress, la micronutrition, l’alimentation, l’assiette anti-inflammatoire avec ses recettes, j’ai tout détaillé dans Mon Programme Anti-Inflammatoire.

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